Banques participatives, l’An 1 d’un succès déjà probant

Un an après son lancement au Maroc, la Banque Participative est déjà une success-story !

En effet, il semble que le modèle adopté par le Wali Abdelatif Jouahri et la Banque centrale, qui consiste en cinq licences et trois fenêtres, – contrairement à d’autres pays où il n’y a eu que deux licences accordées aux banques- a permis de créer d’emblée une dynamique.

Celle-ci s’est traduite par une concurrence du fait de la multiplicité des opérateurs, tant au niveau de la vulgarisation du concept que du déploiement des réseaux, du recrutement et de la formation des ressources humaines.

Ainsi à fin juin 2018, on comptait déjà 70 agences, lesquelles ont financé 1,1 milliard de dirhams en Mourabaha.

Plusieurs noms, un seul concept

Ce montant est à rapprocher de celui qui a été consacré par le financement conventionnel au premier semestre de l’année en cours, soit 12 milliards de dirhams.

Cela veut dire qu’un dossier sur dix s’est fait par la finance participative, une année seulement après son implémentation !

Pour mieux comprendre ce nouveau concept de financement de l’économie, il faut savoir que cette industrie a commencé, il y a plus de quarante ans.

Son démarrage date de 1975, avec le lancement de la Banque Islamique de Développement et la Dubaï Islamic Bank.

Puis le développement de cette industrie s’est fait en Asie, dans les pays du Golfe et dans certains pays du Maghreb, tandis que le concept de la finance islamique évoluait dans le temps.

Lors d’une conférence de Cheikh Kamel, fondateur de la banque Al Baraka, pionnière de la finance islamique, celui-ci avait notamment précisé que la banque islamique avait changé avec le temps.

Au départ, on parlait de banque islamique, puis de banque éthique, voire même de « banque abrahamienne » au sens où l’usure est proscrite par les trois religions du Livre, hébraïque, chrétienne et musulmane. La dernière dénomination, « participative », est celle qui prévaut aujourd’hui.

Le concept reste toujours basé sur l’interdiction de l’usure et du hasard, du financement des activités illicites selon la religion et le principe du partage des bénéfices et pertes. Et le terme de participatif permet de dépassionner le débat.

Le Maroc était sans doute le dernier pays arabo-musulman dépourvu d’un système bancaire participatif alors que toutes les études internationales énonçaient qu’il y avait une forte demande, étayée par des projections de parts de marché entre 5% et 20 %.

Aujourd’hui, c’est chose faite sauf que le cadre institutionnel marocain est innovant en ce sens que le Wali de BAM, a mis en place une seule loi bancaire, pour les banques conventionnelles et les participatives, partant du principe que les unes et les autres sont d’abord et avant tout des banques !

Cela implique, pour toutes, le respect de l’ensemble de l’arsenal réglementaire qui régule l’activité bancaire en termes de règles prudentielles, de gouvernance, de reporting, etc.

L’expérience marocaine révèle que la finance participative est inclusive parce que captive d’une clientèle nouvelle.

De nouveaux clients

C’est ce que nous a expliqué M. Abdessamad Issami, Président du Directoire d’Umnia Bank, filiale du CIH :

« Il s’agit de clients qui ont déjà leurs comptes bancaires, tout en n’étant bancarisés qu’à moitié. Certes, ils disposent d’un compte pour y recevoir leur salaire par exemple comme c’est le cas des fonctionnaires ou des salariés du privé, mais aussi pour les professions libérales.

On peut ainsi dire que la bancarisation est effective pour le côté « dépôts ». Mais ce que nous avons constaté chez Umnia Bank, c’est que la bancarisation sur le côté « financements » et « actifs » de la banque faisait défaut.

Nous l’avons mesuré pour les dossiers concernant le financement d’un logement ou d’une voiture, en recourant au crédit bureau qui permet de tracer toutes les opérations de financement d’un client.
Et cela a montré que neuf clients sur dix de la banque participative n’avaient jamais eu recours à des financements par le crédit auparavant.
Cela veut dire que l’on équipe des personnes qui jusque-là étaient ignorées du système bancaire sur un aspect essentiel, celui du recours au financement par le crédit.
Il est donc clair que cette nouvelle industrie permet de dynamiser l’économie avec l’achat de véhicules, l’accès à la propriété immobilière, etc.
Et, de ce fait, la banque participative permet d’apporter un marché nouveau qui n’existait pas jusque-là et de le développer fortement ».

Par ailleurs, il s’avère que ce mode de financement dit participatif n’est ni plus cher, ni moins cher que le conventionnel, il se vend sur un marché où il n’est pas possible de se positionner trop bas ou trop haut, quel que soit le type de financement.

Il y a donc les clients qui viennent conformément à leurs propres convictions et à leurs valeurs profondes, tandis que d’autres se retrouvent dans les valeurs de la banque, tout simplement.

Et si la banque participative arrive effectivement, à terme, à 5% du marché, ce sera une avancée énorme, sachant, par exemple, que le CIH ou le Crédit du Maroc occupent cette même part de marché dans la banque conventionnelle.

C’est dire qu’une performance globale du système participatif équivalant entre 5% et 20% du marché, représenterait véritablement une part significative du marché bancaire global.

Ce qui est déjà certain, d’ailleurs, c’est que sur l’acquisition de logements, les banques participatives sont sur une tendance de 10 % du marché en productions nouvelles.

Cela, en l’espace d’une seule année et sachant que la banque participative apporte quelque chose de nouveau qui n’enlève rien à l’activité des banques conventionnelles.
Il s’agit, en effet, d’une clientèle qui n’a quasiment jamais eu recours au financement.

L’inclusion financière en ligne de mire

Et c’est là que se manifeste concrètement la vision de la Banque centrale, celle de l’inclusion financière, en intégrant une population qui en était jusque-là exclue sur une partie de ses besoins.

En effet, selon M. Issami, « ceux qui s’adressent à nous pour des logements, vivaient jusque-là chez leurs parents, en location ou dans des logements de fonction et la banque participative a pu réaliser leurs aspirations conformes à leurs valeurs et convictions.

De même pour le segment automobile où les concessionnaires autos nous ont dit, par exemple, que leur nouvelle clientèle, qui achète des voitures par le biais du système alternatif, procédait auparavant essentiellement à l’achat de voitures d’occasion, ce qui ne nécessitait pas beaucoup de fonds en cash, mais avec tous les risques que peut comporter l’acquisition d’un véhicule déjà obsolète ou en mauvais état technique ».

Il y a donc, de toute évidence, une inclusion financière et sociale importante grâce aux banques participatives.

Et à ce sujet, il faut remarquer que l’histoire de la finance participative est édifiante pour le Maroc parce qu’elle est en train de familiariser l’ensemble des parties prenantes de l’industrie financière à ce nouveau sujet.

Ainsi, pour l’achat d’un logement, il concerne le promoteur immobilier, le notaire, la conservation foncière et la clientèle.

Mais, de plus, les banques participatives ont contribué à façonner l’écosystème tel que le voyait le Wali de Bank Al-Maghrib.

Il n’y a qu’une seule loi bancaire, valable pour toutes les banques, qu’elles soient participatives ou conventionnelles.

La même architecture a été dupliquée sur les autres pans de la finance.

Il n’y a qu’un seul Code des Assurances, qui couvre l’assurance conventionnelle et les takafuls, mais aussi une seule loi de la titrisation qui traite de la titrisation habituelle et des sukuks.

Une seule conformité

La seule donne supplémentaire a trait à la conformité Chariâ.

Dans d’autres pays, comme ceux du Golfe, chaque institution financière dispose de son conseil Chariâ, ce qui peut occasionner une surenchère néfaste sur les contrats destinés à faire l’objet d’une conformité.

Au Maroc, la disposition a été centralisée entre les mains du Conseil supérieur des Oulémas qui est l’instance en charge des fatwas dans notre pays.

En son sein, siège une commission « conformité Chariâ » qui a la charge de valider ou d’amender les contrats qu’on lui présente pour appréciation.

Celle-ci est constituée de dix membres émanant des conseils régionaux des diverses régions du Royaume et qui sont connus pour leurs compétences dans le Fiqh dédié à l’activité des entreprises, le commerce, etc.

Et même si la finance moderne n’existait pas jusque-là pour les Oulémas, ils pratiquaient à travers l’héritage, la Zakat, le Waqf, etc.

Pour les deux premiers contrats, celui d’ouverture d’un compte et la mourabaha immobilière, c’est la Banque centrale qui a pris la plume et a soumis ces « pro forma » pour ainsi dire au Conseil Supérieur des Oulémas.

Puis, l’industrie participative a constitué une commission interbancaire en coordination avec Bank Al-Maghrib, sachant que dans la Loi bancaire, BAM a défini six principaux contrats et un contrat de dépôts.

Il s’agit de la mourabaha, de l’ijara, de la moucharaka, de la moudaraba, de l’istitna (project finance) et du salam, (financement de projets agricoles).

Le septième contrat concerne les dépôts d’investissement qui sont le pendant symétrique des DAT, où le client met à la disposition de la banque son épargne, et la banque partage avec lui le résultat qu’elle génère selon une clé de répartition définie préalablement.

Jusqu’à présent, les banques ont uniquement travaillé avec des contrats de mourabaha tandis que les contrats d’ijara sont en cours d’approbation.

La mourabaha dispose de deux contrats immobiliers et d’un contrat « biens meubles » qui peut concerner une automobile, mais aussi l’équipement domestique, industriel, etc.

Source : https://lnt.ma/banques-participatives-lan-1-dun-succes-deja-probant/

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